Ultramoderne servitude

John Maynard Keynes prévoyait l’avènement de la semaine de quinze heures à l’horizon 2030. Or, c’est l’inverse qui s’est produit : le travail est devenu le cœur de notre existence. À tort, estime un anthropologue.


Dans le désert du Kalahari, les !Kung consacrent une quarantaine d’heures par semaine à la chasse, à la cueillette et aux corvées. Le reste est dédié aux loisirs.

Pendant 95 % de l’histoire de notre espèce, le travail n’a pas occupé la place sacrée qu’il occupe aujourd’hui dans nos vies, constate l’anthropologue James Suzman. Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est la question qui irrigue son dernier livre, Travailler. La grande affaire de l’humanité, dans lequel il explore notre relation au travail sur le temps long – trois cent mille ans. Suzman s’appuie sur la vingtaine d’années qu’il a passée à faire de l’ethnographie parmi les San de Namibie, notamment la tribu des !Kung, l’une des dernières sociétés de chasseurs-cueilleurs à avoir conservé ce mode de vie jusqu’à la fin du XXe siècle. Ces gens-là semblent se la couler douce, observe Adam Kuper dans The Wall Street Journal. « Un adulte consacre environ dix-sept heures par semaine à la cueillette de plantes sauvages et à la chasse, plus une vingtaine d’heures à la cuisine, au soin des enfants, à la fabrication et à l’entretien des abris et des outils, résume-t-il. Cela représente moins de la moitié du temps qu’un Américain ...

LE LIVRE
LE LIVRE

Travailler. La grande affaire de l’humanité de James Suzman, Flammarion

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