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Un bon fond

Le temps est peut-être venu de réécrire notre histoire sous un angle plus positif.

Après Utopies réalistes (Seuil, 2017), best-seller dans lequel il plaidait pour le revenu universel, l’ouverture des frontières et la semaine de 15 heures, l’historien néerlandais Rutger Bregman enfonce le clou. Si ces « utopies » sont réalistes, c’est parce que la nature humaine est bien moins mauvaise qu’on le dit, assure-t-il dans son nouveau livre. 

Bregman entreprend ici de démolir une certaine vision hobbesienne de la société. Nous considérer comme une espèce violente et cruelle, et adapter nos organisations, l’éducation, la justice, l’économie à cette conception, revient à créer une prophétie autoréalisatrice. Si nous attendons le pire de nos semblables, c’est ce que nous obtiendrons, estime-t-il.

Humanité. Une Histoire optimiste est un « livre poil à gratter et un correctif aux théories fumeuses de psychologues et de scientifiques trop zélés, juge Bryan ­Appleyard dans The Sunday Times. En quelques pages, Bregman démolit William Golding, Richard Dawkins et Steven Pinker. Le roman de Golding Sa Majesté des mouches avait tout faux, car des garçons échoués sur une île ne se comportent pas si mal. » Bregman donne l’exemple de ces six garçons originaires des îles Tonga qui se sont retrouvés seuls sur une île déserte dans les années 1960 : ils ont été retrouvés au bout d’un an, vivant dans l’abondance et l’harmonie.

L’historien néerlandais estime que la perception de la violence humaine a été faussée après guerre. Les intellectuels, tentant maladroitement de comprendre la Shoah, cherchaient à prouver que l’homme était intrinsèquement mauvais, quitte pour certains à introduire des biais dans leurs travaux. Et les théories en vogue des rationalistes, Dawkins et Pinker en tête, qui assurent que l’homme s’est lentement assagi grâce à la génétique ou à l’exercice de la raison, ne font qu’accréditer cette hypothèse. Bregman, lui, rassemble quantité d’éléments historiques pour montrer que l’humain, comme le souligne le titre original du livre, est deugen – qu’il a un bon fond. « Ce rousseauisme ne fonctionne pas vraiment, mais la vision brutale et méchante de Hobbes non plus. Pourquoi la méchanceté serait-elle une adaptation positive et la gentillesse ne pourrait-elle pas l’être ? » demande Appleyard. Et, de fait, pourquoi ne pas tirer parti de cette bonté innée pour repenser la société, comme le prône Bregman ? Utopique ? Comme l’historien néerlandais se plaît à le dire, relève Martin Bentham dans The Evening Standard, « ce qui paraît naïf un jour peut sembler relever du bon sens le lendemain ». 

LE LIVRE
LE LIVRE

Humanité. Une histoire optimiste de Rutger Bregman, traduit du néerlandais par Caroline Sordia et Pieter Boykens, Seuil, 2020

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