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Virginie Despentes, Zola rock’n’roll

Le réalisme cru de Virginie Despentes bouscule les lecteurs anglophones. Mais les critiques jugent son art romanesque proche de celui de la littérature victorienne.

Caissière de supermarché, employée du Minitel, critique de films porno et journaliste rock, en passant par la prostitution : le parcours de Virginie Despentes n’a rien de conventionnel. À 25 ans, elle publie son premier roman, le très sulfureux Baise-moi, qui trouvera un certain écho dans les milieux underground. Dans King Kong Théorie, un texte à mi-chemin entre le manifeste et l’autobiographie, elle tient un discours féministe radical sur le viol, les compromissions de la vie domestique et la prostitution.

Si ses premiers ouvrages lui ont valu la réputation d’auteure trash ­emblématique de la contre-culture, la trilogie des Vernon ­Subutex l’a révélée à un public plus large. Dans son deuxième volet, Despentes relate la ­déchéance de Vernon, un disquaire parisien que l’avènement du numérique oblige à mettre la clé sous la porte (il rebondira par la suite). Phénomène de librairie en France, la série Vernon Subutex s’exporte chez nos voisins anglophones : la traduction anglaise du deuxième volet est parue à l’été 2018 au Royaume-Uni.

Jusqu’à récemment, les livres de Virginie Despentes parus à l’étranger n’avaient pas fait grand bruit. À l’exception toutefois de King Kong Théorie, qui avait suscité un engouement dans les milieux féministes américains – engoue­ment redoublé par le défer­lement de la vague #MeToo. Avec la publi­cation en anglais des Vernon Subutex, Despentes se voit qualifiée par les critiques de « Zola rock’n’roll » et de « bad girl de la littérature française ».

Plus surprenant, ces derniers voient dans Vernon Subutex une émanation de la grande tradition de la littérature anglaise. « La structure du récit ressemble à celle d’un roman victorien : l’histoire des amis de Vernon, d’amis d’amis, d’amants, d’enne­mis et de connaissances forme une mosaïque qui dépeint le tumultueux passage à l’âge adulte de la géné­ration X », commente Lauren Oyler dans le magazine américain Bookforum. « L’approche de Despentes est semblable à celle des écrivains du XIXe siècle, et, d’ailleurs, plus proche de Dickens que de Balzac », écrit pour sa part The Times.

Mais ce qui semble le plus intéresser les critiques anglophones, c’est la façon dont Virginie Despentes chronique l’insidieuse progression des idées d’extrême droite au sein de la société française. L’écrivaine prend en effet un malin plaisir à placer dans la bouche de certains de ses personnages des propos d’un racisme ou d’une misogynie qualifiés d’ordinaires. Sa manière de « capter l’air du temps », de ne pas craindre de présenter une image peu flatteuse de ses contemporains a aussi quelque chose de houellebecquien, poursuit The Times.

D’aucuns affirment même la supériorité de la romancière sur les vedettes masculines de la littérature française contemporaine. À l’instar d’Eileen Battersby dans The Irish Times : « Virginie Despentes relègue presque Emmanuel Carrère et Michel Houellebecq à l’insignifiance avec sa prose fluide et vivante, ses observations ­satiriques, son sens du comique, sa ­connaissance approfondie de la musique des années 1990 et, surtout, son don, parfois impi­toyable, parfois tendre, pour la caractérisation des personnages. »

LE LIVRE
LE LIVRE

Vernon Subutex 2 de Virginie Despentes, Le Livre de poche, 2016

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