Le zoo des surréalistes
par Jean-Louis de Montesquiou
Temps de lecture 5 min

Le zoo des surréalistes

L’auteur du Singe nu était un zoologue mais aussi un peintre surréaliste. Il dresse un portrait croustillant d’un petit monde pour lequel le goût du scandale était un art de vivre.

Publié dans le magazine Books, février 2019. Par Jean-Louis de Montesquiou

© Bridgeman

Paris, 1921. Vernissage de l’exposition Max Ernst. Avec Philippe Soupault en haut de l’escabeau, Jacques Rigaut la tête en bas et André Breton à droite.

Grâce au surréalisme, Paris était encore dans l’entre-deux-guerres l’épicentre incontesté des séismes culturels et artistiques du moment. La plupart des surréalistes – les plasticiens du moins – n’étaient pas français. Mais c’est bien à ­Paris qu’André Breton et consorts avaient remplacé le dadaïsme zurichois, officiellement décédé en septembre 1922, par un nouveau mouvement appelé « surréalisme » (un terme dû à ­Picasso mais utilisé pour la première fois à l’écrit par Apollinaire). Et c’est à Paris qu’ils avaient procédé à leurs expérimentations en laissant libre cours à leurs pulsions, le surréalisme étant à la fois une expression artistique et une ­façon de vivre. Avec pour résultat des vies personnelles et des sexualités aussi fantastiques et transgressives que leurs œuvres. Le zoologue Desmond Morris, ­auteur à la fin des années 1960 des best-sellers Le Singe nu et Le Zoo humain, décrit cela avec d’autant plus de précision que, peintre lui-même, il appartenait à la branche anglaise du surréalisme (à 90 ans, il en est sans doute le dernier représentant). À en juger par la chronique que fait Desmond Morris de la construction d’un art nouveau et de la déconstruction des mœurs anciennes, le Paris du surréalisme était un mélange de lupanar et d’asile de fous. Le mouvement, autant philosophique qu’artistique, se fondait en effet sur la suprématie de l’inconscient, le refus de l’intellectualisme et le rejet de tous les canons, esthétiques, politiques, et, cela va sans dire, moraux. Ses membres ne se l’étaient pas fait dire deux fois. Le jour, ils produisaient des œuvres qui scandalisaient volontiers (un visiteur de l’exposition Hans Arp, dégoûté, avait ainsi craché sa chique de tabac sur un dessin du protosurréaliste alsacien). La nuit, ils se lançaient dans un ­entrelacs de liaisons croisées, successives ou simultanées (mais hétérosexuelles – Breton était convulsivement homophobe). Éluard, « un Éros vivant » selon Eileen Agar, était l’amant de cette dernière, qui était en même temps la maîtresse de l’écrivain hongrois Joseph Bard et du peintre britannique Paul Nash ; lequel était l’amant de Nush, à l’époque épouse d’Éluard et maîtresse de Picasso. Éluard en était très flatté, avant qu’il ne la remplace par Gala, temporairement toutefois ; celle-ci passerait en effet du statut de Mme Éluard à celui de Mme Dalí, non sans une longue période de ménage à trois avec Éluard et Max Ernst ; le libidineux Max Ernst se rabattrait alors sur la peintre américaine Dorothea Tanning, après avoir été l’amant entre autres de Leonor Fini, de l’artiste suisse Meret Oppenheim, de l’artiste mexicaine Leonora Carrington, et l’époux de ­Peggy Guggenheim (dont l’une des ambitions dans la vie était d’atteindre avant sa sœur Hazel le chiffre de 1 000 partenaires). Ouf ! Et cela sans même prendre en compte les fréquentes soirées échangistes – Paul Éluard, selon Eileen Agar, « réussissant toujours à…
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