Barenboïm : Pourquoi je joue Wagner
par Daniel Barenboïm

Barenboïm : Pourquoi je joue Wagner

« Je tiens la race juive pour l’ennemie née de l’humanité », écrivait le compositeur entre autres aménités. Et Hitler voyait en lui « le plus grand prophète que les Allemands aient jamais eu ». Obsédés par cette association, les Israéliens ostracisent le compositeur. Erreur de jugement, explique un grand chef d’orchestre juif, qui a fait jouer deux morceaux de Wagner en Israël.

Publié dans le magazine Books, mars 2014. Par Daniel Barenboïm
Aucun compositeur, dans l’histoire de la musique, n’a davantage que Richard Wagner cherché à combiner dans ses œuvres des éléments aussi manifestement incompatibles. Les traits qui enthousiasment tant ses admirateurs sont aussi ceux qui rebutent le plus ses détracteurs – comme sa quête de l’extrême dans tous les aspects de la composition. Mais s’il a poussé jusqu’au point de rupture les limites de l’harmonie et des formes de l’opéra, il a aussi formulé ses idées musicales avec une extraordinaire économie de moyens. Paradoxalement, c’est cette parcimonie même qui donne à ses compositions leur envergure incomparable. Peut-être jugeait-il nécessaire de faire un usage particulièrement frugal de certains éléments isolés pour que l’effet du Gesamkunstwerk – l’œuvre d’art totale – soit encore plus puissant et inattendu (1). On trouve un bon exemple de cette économie au début du premier acte de La Walkyrie, où se déchaîne une terrible tempête. Beethoven, pour évoquer l’orage dans sa Sixième Symphonie, a utilisé tous les instruments de l’orchestre ; étant donné la richesse instrumentale dont disposait Wagner, on pouvait s’attendre à ce qu’il donne à son orage une envergure plus impressionnante encore. Au lieu de cela, il laisse aux seules cordes le soin de déployer toute la puissance des éléments déchaînés. Avec pour résultat un son beaucoup plus direct, dépouillé, compact que n’en aurait produit un orchestre wagnérien au grand complet, avec cuivres et percussions. C’est la précision des indications portées sur les partitions concernant la dynamique des mouvements qui confère à la musique de Wagner…

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Commentaire

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  1. Helen Ferrieux dit :

    Mr. Barenboim,you are too young to have experienced the horrors of the Shoah; you were not obliged to listen to Wagner as you awaited the gas chambers. What are you trying to accomplish by ramming the sounds of a man who vilely despised the Jews down our ears in a country where, at last, Jews can hope to forget the German ideals, where they can hope to replenish the number of souls murdered by the lovers of the composer you seem to wish to rehabilitate.