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Contre le relativisme culturel

Publiée en 1987, la charge d’Allan Bloom contre la culture de masse ressort dans une version intégrale inédite.

Allan Bloom, éminent professeur de philosophie politique, s’élève dans un long ouvrage contre les effets pernicieux de la « culture de masse » et du relativisme intellectuel (toutes les idées se valent, et tous ceux qui les formulent aussi). Les étudiants, dit-il, sont de « good kids », quoique, culturellement, « de vrais sauvages ». Et, lorsqu’ils sortent de l’université bardés de connaissances techniques, ils demeurent moralement et intellectuellement décérébrés, prêts à tomber dans tous les pièges du temps : « Gauchisme, promiscuité sexuelle, féminisme, rock, black power, adoration du marché » ou, pire que tout, « la vulgarité du succès ». Rien de très nouveau ? Sauf que l’ouvrage date de 1987, et qu’il a connu alors un succès considérable : plus de 1 million de lecteurs américains, dont « des étudiants qui se sont cru obligés de lire le livre à la lampe de poche sous leurs couvertures, pas trop s
ûrs de quoi en penser, mais pressentant qu’il représentait une menace », écrivait Jim Sleeper dans The New York Times à l’époque. Allan Bloom, un ultraconservateur (du moins pendant la journée, ses nuits ressemblant plus à celles de ­Roland Barthes) avait d’ailleurs été le premier surpris du succès de cet essai, qu’il n’avait entrepris qu’à l’instigation de son ami le romancier Saul Bellow. Il avait été presque immédiatement traduit en français, mais sans sa troisième partie. Le voilà publié dans son intégralité. Tout au long de ces 500 pages, Bloom ne fait pas que vitupérer. Il propose aussi une solution, un antidote au relativisme et à la perte de l’esprit critique : le retour vers les fameux penseurs et leurs œuvres. La lecture des grands textes des grands auteurs – Platon, Aristote, Shakespeare, Rousseau et tutti quanti – ­permet d’abord de constater que, effectivement, toutes les œuvres ne se valent pas, et que tout le monde n’est pas pourvu des mêmes capacités intellectuelles. En plus, les grands ­esprits ont formulé des questions autrement plus importantes que le meilleur choix en matière de gestion financière (« Quelle est notre place dans le cosmos ? », par exemple). Et ils ont même parfois été jusqu’à suggérer des réponses. Vue d’aujourd’hui, cette thèse ne semble pas révolutionnaire. On reconnaît désormais volontiers que la pratique des humanités permet de mieux comprendre le fonctionnement des sociétés humaines, et que la lecture des romans stimule l’empathie. Mais Bloom a formulé ses postulats très en amont, à peine deux décennies après 1968, et il se permettait en plus de renvoyer dos à dos les élucubrations de la gauche libérale, les diktats de l’économie de marché et même « les croyances religieuses, qui, loin de contenir les élans du capitalisme, comme l’espérait Tocqueville, désormais les ­promeuvent ».    
LE LIVRE
LE LIVRE

L’Âme désarmée. Essai sur le déclin de la culture générale de Allan Bloom, Les Belles Lettres, 2018

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