De la division Charlemagne au djihad
par Robert Zaretsky

De la division Charlemagne au djihad

Le profil des jeunes Français qui partent combattre en Syrie ou en Irak rappelle étrangement celui des engagés volontaires dans la division SS Charlemagne.

Publié dans le magazine Books, mars 2015. Par Robert Zaretsky
La vidéo de l’État islamique montrant l’exécution de dix-huit soldats syriens et de l’humanitaire américain Peter Kassig a choqué le monde pour les raisons habituelles, plus une : les militants ne portaient pas de masque. Deux des hommes apparaissant sur cette vidéo, Michael Dos Santos et Maxime Hauchard, sont des citoyens français. Le fait qu’ils ne soient pas masqués a permis aux Français de mettre des visages sur deux de leurs compatriotes parmi les mille et quelques dont on pense qu’ils ont succombé à l’attraction de l’État islamique et à sa terrifiante vision du monde. Des visages distincts qui ont brouillé la figure type du militant islamiste français : celui d’un homme jeune au profil socio-économique et psychologique bien défini, descendant d’immigrés d’Afrique du Nord, qui n’appartient plus au monde de ses parents mais ne fait pas encore partie de la société nouvelle où il vit. Élevées dans les banlieues délabrées du pays, parquées dans des écoles détériorées, récipiendaires de diplômes sans valeur, soupçonnées de n’être pas des plus françaises en raison de leur nom et de la couleur de leur peau, les personnes correspondant à ce profil peuvent être attirées par un mouvement qui leur promet non seulement d’appartenir à une communauté, mais aussi d’avoir un but dans la vie. Les choses sont plus compliquées à présent. Dos Santos et Hauchard sont issus de milieux relativement stables, bourgeois et, surtout, non musulmans. Ils étaient appréciés dans leur milieu et ne s’étaient que récemment convertis à l’islam. Comme l’a conclu David Thomson, un journaliste de radio français qui a suivi de près l’évolution des militants radicaux « de souche », ces recrues « étaient parfaitement insérées dans la vie active avant leur départ » pour la Syrie et pour l’Irak. Familles et amis furent déconcertés. Ainsi que le déclara, abasourdi, le maire de Bosc-Roger-en-­Roumois, ce village de l’Eure où a grandi Hauchard : « Maxime n’a jamais été un rebelle. » Pourtant, les historiens français auront l’impression d’un certain déjà-vu. Il y a soixante-dix ans, l’Allemagne nazie créait la tristement célèbre 33e Waffen-Grenadier-Division de la SS Charlemagne. Commandée par des généraux allemands, cette division connue sous le nom de Charlemagne était formée de quelque huit mille volontaires français. Les engagés furent entraînés en Allemagne et combattirent sur le front de l’Est aux côtés des Allemands, alors que ceux-ci reculaient peu à peu devant l’inexorable progression de l’armée russe. Il y a loin, sur le plan de la géographie, des ruines de Berlin, dans lesquelles les soldats…
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