Dans le flou de la résonance

Dans le flou de la résonance

Publié dans le magazine Books, décembre 2018/ janvier 2019.
Ses théories sur l’« accélération » du temps et ses effets néfastes sur nos sociétés lui ont valu une belle notoriété outre-Rhin. Dans son nouvel ouvrage, le sociologue Hartmut Rosa propose la « solu­tion » à cette quête frénétique et déshumanisante du « toujours plus, toujours plus vite ». Ce n’est pas la « décélération » mais ce qu’il appelle la « résonance ». Qu’entend-il par là ? C’est justement tout le problème. Rosa la définit comme un rapport au monde dans lequel le sujet ne cherche pas uniquement à s’approprier ce qui l’entoure mais entre en « résonance » avec lui – c’est-à-dire qu’il le transforme tout en se laissant transformer par lui. Le sociologue tente de rendre la chose concrète en comparant deux femmes imaginaires dont les existences sont en tout point semblables. Simplement, l’une est heureuse, l’autre pas. L’une apprécie sa famille, le soleil sur sa peau et le fait de jouer au volley ; l’autre n’est pas vraiment en phase avec son époux et ses enfants, la lumière l’agresse, qu’elle trouve trop forte, et elle se demande ce qu’elle fait dans cette salle de sport… La première est en « résonance » avec le monde. L’autre pas. « Ce concept, que Rosa ne parvient à saisir qu’au moyen de métaphores et d’incantations, reste vague », déplore le Süddeutsche Zeitung. Dans Die Zeit, le philosophe Dieter Thomä regrette une certaine « tendance au bla-bla ». Des jugements trop sévères aux yeux du Neue Zürcher Zeitung, pour qui cette théorie de la résonance, en dépit de son flou, est féconde.  

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