George R. R. Martin, survivre au triomphe
par Baptiste Touverey

George R. R. Martin, survivre au triomphe

George R. R. Martin a connu le succès sur le tard avec l’adaptation à l’écran du Trône de fer. Depuis, il peine à achever son grand œuvre. Et préfère faire diversion.

Publié dans le magazine Books, mars 2019. Par Baptiste Touverey

© Gérard Uféras / Ville De Dijon / Flammarion

À plus de 60 ans, George R. R. Martin est passé du statut d’auteur pour initiés à celui de vedette mondiale. Au même moment, il cessait quasiment d'écrire.

Il est difficile, quand on songe à la trajectoire de George R. R. Martin, de ne pas y déceler une sorte d’ironie tragique. Voilà un auteur qui a abandonné le monde de la télévision, où il était scénariste, pour revenir à l’écriture de romans : il ne supportait plus que son imagination soit bridée par des impé­ratifs budgétaires. Pendant des années, a-t-il souvent raconté, la plupart de ses propositions se heurtaient à la même réponse : si elles étaient mises en œuvre, elles seraient ruineuses. On lui demandait de choisir entre des batailles épiques et des dragons, entre des décors grandioses et des costumes d’époque, pour finalement lui annoncer que, de toute façon, ses projets restaient trop chers et ne se feraient pas. L’avantage de la création roma­nesque est bien entendu son extraordinaire économie de moyens. Devant son écran d’ordinateur, il suffisait désormais à Martin de décider qu’il avait besoin pour son histoire d’un mur de 200 mètres de haut pour qu’il existât bel et bien. C’est ainsi qu’au début des années 1990 est né l’univers du Trône de fer, son continent de Westeros, son histoire millénaire, ses sept royaumes réunis par une dynastie conquérante, les Targaryen, venus d’une cité engloutie, et son Mur, donc, qui protège les terres civilisées de forces mystérieuses et menaçantes (1). Et puis l’improbable a eu lieu. Ce que Martin n’avait même pas osé rêver s’est réalisé : son ambitieuse saga a fini par séduire non seulement des millions de lecteurs, mais aussi des producteurs, et elle est devenue, sous le titre Game of Thrones, l’une des séries télévisées les plus regardées et sans doute aussi la plus chère de tous les temps. À plus de 60 ans, George R. R. Martin est passé du statut d’auteur pour initiés à celui de vedette mondiale. (Chacune de ses ­appa­ritions pour une conférence ou une dédicace ­déplace les foules.) La soixantaine, c’est tard. Mais, ­selon toute vraisemblance, c’était, dans ce cas précis, encore un peu trop tôt : au moment même où la gloire ­déferlait sur lui, où on l’intronisait « Tolkien américain » et où le magazine Time en faisait l’une des personnalités les plus influentes de la planète, Martin cessait quasiment d’écrire. Ou du moins, du fait des multiples sollicitations et de la pression croissante qui pesait sur ses épaules, son rythme de travail se ralentissait considérablement. Lorsque la chaîne câblée américaine HBO s’est lancée dans la production de Game of Thrones, la saga romanesque n’était pas achevée : elle comptait quatre volumes. Un cinquième a paru l’année où a été diffusée la première saison de la série, en 2011. ­Sachant qu’une saison correspond à peu près à un ­volume, on pouvait s’attendre à ce que le romancier garde un temps d’avance et mette un terme à son grand œuvre avant que l’adaptation télé­visuelle rattrape son récit – en sortant, par exemple, le dernier tome au moment où serait diffusée la dernière saison. Ce n’est pas ce qui s’est passé. En avril prochain, les fans décou­vriront sur leur écran cette ultime saison alors que, depuis 2011, Martin n’a plus publié un seul volume du Trône de fer. Depuis 2015, l’histoire racontée à la télévision a dépassé celle de ses romans. On sait qu’il collabore avec les créateurs de la série et que ce qui arrive à ses personnages correspond à peu près à ce qu’il aurait souhaité. On ne peut pas s’empêcher de…
Pour lire la suite de cet article, JE M'ABONNE, et j'accède à l'intégralité des archives de Books.
Déjà abonné(e) ? Je me connecte.
Imprimer cet article
0
Commentaire

écrire un commentaire