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Il pleut des frogs

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Londres vit sa sixième invasion française depuis les Normands.

Si l’on se contente de remonter au XVIIe siècle, il y a d’abord eu les huguenots : 50 000 après la révocation de l’édit de Nantes en 1685. Puis ceux qui fuirent la Terreur. Puis les bonapartistes, les royalistes et les socialistes sous le Second Empire. Puis les anarchistes au début de la IIIe République. Puis les Français libres. Et maintenant les bobos, jeunes loups et autres serveurs de restaurant, qui ne sont pas moins de 300 000 et font de Londres la sixième ville française (sans maire). Une équipe de spécialistes s’est penchée sur cette histoire aussi passionnante que comp

lexe. Ils mettent en avant les divers bénéfices tirés par les Anglais, du moins jusqu’au début du XIXe siècle, en matière d’ameublement, d’architecture, de plaisirs de la table, de mode, d’esprit… Et soulignent certaines des souffrances endurées par les Français : la déplorable coutume de séparer les hommes et les femmes après dîner, l’habitude obsessionnelle des hommes de se saouler le soir, et surtout l’horrible dimanche anglais, avec ses magasins et restaurants fermés. Un chapitre est consacré aux conditions misérables endurées par les Bourbons et bonapartistes exilés dans la banlieue de Londres. Un autre propose une analyse statistique de la France libre, principalement des jeunes de droite instruits, et dresse la carte de leur territoire, du consulat, à Bedford Square, jusqu’au restaurant Prunier rue Saint James. Dans la Literary Review, Jonathan Keates, né à Neuilly et auteur d’une biographie de Stendhal, estime les bénéfices de ces incursions toujours bien réels : ce serait une « profonde tragédie culturelle » si les Français habitant Londres aujourd’hui se mettaient en tête de rentrer chez eux.

LE LIVRE
LE LIVRE

Une histoire des Français à Londres de Martyn Cornick, Institute of Historical Research, 2013

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