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Le poème total

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À 85 ans, une immense figure de la poésie espagnole livre son testament littéraire. Aux limites du langage.

« Je n’écrirai plus rien », déclarait, depuis sa maison madrilène, José Manuel Caballero Bonald, dans un entretien accordé au quotidien El País à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage. « Après ça, je ne vais rien écrire. Je n’en ai plus la nécessité », confiait, à 85 ans, cette immense figure de la poésie espagnole du XXe siècle. Le « ça » de « après ça », c’est Entreguerras. O De la naturaleza de las cosas (« Entre-deux-guerres. Ou De la nature des choses »), un livre-poème qui se classe parmi les meilleures ventes de sa catégorie depuis des mois, et dont le sous-titre se veut un hommage, aussi explicite qu’ambitieux, à Lucrèce et son De rerum natura. Le poète latin, qui incarna la sagesse épicurienne et « osa nier l’existence des dieux pour mieux fonder la solidarité humaine sur un sain égoïsme
, avait construit son édifice philosophico-littéraire sur plus de 7 000 hexamètres, rappelle l’historien de la littérature José Carlos Mainer dans un autre article du dossier consacré par le supplément littéraire d’El País à la sortie d’Entreguerras. Caballero Bonald a bâti le sien sur quelque 3 000 vers, de longueurs variables, mais « à l’intonation aussi assurée que juste », bien que tout signe de ponctuation en ait été banni, hormis les points d’interrogation et d’exclamation. « Seuls ont résisté les signes d’emphase nécessaires à l’expression du sentiment personnel ; les autres – virgules, points, etc. –, qui prétendent encadrer par la logique le flux et le reflux du langage, de la mémoire et de la vie, ont disparu », poursuit Mainer. Souvent, Caballero Bonald a rappelé, dans ses écrits et ses interventions en public, que les mots doivent avoir dans un poème une signification plus large que dans les dictionnaires. Une exigence qui aboutit parfois, dans Entreguerras, à un voyage aux limites du langage. C’est que « je ne cherche pas à gommer l’hermétisme quand il s’impose », explique Caballero Bonald. « La poésie est hermétique quand l’est le monde qu’elle prétend décrire. Ce qui m’intéresse, c’est cette quête de l’énigme qui se cache derrière la réalité. Parfois, tu associes deux mots qui ne l’ont jamais été et, soudain, une porte s’ouvre : tu découvres un monde insoupçonné », confie le poète. « Cela se produit y compris quand l’association se fait par pure attraction phonétique, en suivant la musique des mots », poursuit-il, avant de conclure : « Je l’ai toujours dit. Maintenant, je le sais. La poésie est un mélange de musique et de mathématiques. »
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