Soutenez l’esprit critique ! Participez à la campagne pour préserver l’indépendance de Books !

Les leçons du paganisme

Il n’était pas impensable pour un Romain ou pour un Grec de vénérer un Dieu issu d’un panthéon étranger. Et si les polythéismes antiques nous aidaient à avancer sur la voie de la tolérance religieuse ?

« L’invention de dieux, de héros et de surhommes de toutes sortes […] fut l’inestimable exercice préparatoire à la justification de l’égoïsme et de la souveraineté de l’individu : la liberté que l’on accordait au dieu à l’égard des autres dieux, on finit par se l’accorder à soi-même à l’égard des lois, des mœurs et des voisins. Dans le polythéisme se préparaient la liberté d’esprit et la pluralité d’esprit de l’homme. » S’il ne s’inscrit pas, contrairement au Gai Savoir de Nietzsche, dans une critique systématique du christianisme, le dernier livre du philologue italien Maurizio Bettini partage en grande partie son enthousiasme pour les polythéismes anciens.


Professeur à l’université de Sienne, Bettini expose dans cet « Éloge du polythéisme » les raisons que nous aurions de nous inspirer des principes religieux des Rom

ains et des Grecs. Les dieux de l’Antiquité sont victimes à ses yeux d’une grave injustice : qualifiés de « païens » par des chrétiens dédaigneux, puis réduits au rang d’« acteurs de récits fantastiques », ils ont cessé de constituer une « source d’inspiration vive pour la culture contemporaine ». Or, comme le rapporte le site Spettacoliere, « les religions antiques étaient des religions au sens plein du terme. Affirmer qu’elles sont aujourd’hui dépassées, c’est comme dire qu’Homère, Hérodote, Hésiode ou Virgile sont des auteurs dépassés ».


Le propos de Bettini n’est certes pas de revenir aux cultes anciens. Mais d’en tirer des « cadres mentaux propres à réduire le taux de conflictualité entre les différentes religions monothéistes et entre leurs clivages internes », lit-on dans Il Foglio. L’auteur insiste notamment sur l’interpretatio, ce phénomène d’assimilation entre divinités qui fit, par exemple, que le dieu nordique Odin s’est confondu avec le romain Mercure, l’Égyptien Séraphis avec Jupiter, ou encore les Alcis des Naharvals avec les jumeaux grecs Castor et Pollux. Un syncrétisme qui pouvait aller jusqu’à l’adoption d’une nouvelle divinité, issue d’une religion étrangère, si celle-ci n’avait pas d’équivalent dans le panthéon existant. À Rome, en particulier, « les dieux des autres religions étaient considérés non comme une menace, mais comme une ressource, écrit Roberto Escobar dans Il Sole. Pareille à une langue bien vivante, la religion romaine évoluait, avançait, grandissait » en se nourrissant des autres. C’est dans cette ouverture que Bettini voit aujourd’hui une « précieuse stimulation pour tous ceux qui aspirent à penser le monde différemment ».

LE LIVRE
LE LIVRE

Éloge du polythéisme, Il Mulino

SUR LE MÊME THÈME

Périscopes Donner corps à la faim
Périscopes Les esclaves oubliés d’Indonésie
Périscopes Tout le savoir de la forêt

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.