L’importance du biologique
par Simon Baron-Cohen

L’importance du biologique

N’en déplaise aux tenants du politiquement correct, il existe des différences essentielles entre cerveau masculin et cerveau féminin, comme en témoigne le cas de l’autisme. Certes, les variables sociales peuvent influencer et modifier ces caractéristiques, mais elles ne les abolissent pas. L’admettre ne relève d’aucune forme de sexisme.

Publié dans le magazine Books, novembre 2012. Par Simon Baron-Cohen
Le dernier livre de Cordelia Fine [lire l’article de Diane Halpern p. 31 et celui de Margaret McCarthy et Gregory Ball p. 37] est une nouvelle attaque hardie contre l’idée même de différences sexuelles essentielles dans le cerveau humain. Son objectif à peine dissimulé est de montrer que l’on peut faire disparaître toute dissemblance en la matière chez l’être humain. Comment ? Simplement par la manipulation rapide d’une variable socio-psychologique. Si, par exemple, les hommes obtiennent en moyenne de meilleurs scores lors de tests de mathématiques ou de rotation mentale (spatiale), il suffit de dire préalablement aux femmes qu’elles font en général mieux que les hommes pour qu’elles dépassent leurs résultats habituels et même abolissent la différence entre les deux sexes. Ce n’est que l’une des dizaines d’études sociopsychologiques que Fine passe en revue, et son argument est d’une simplicité séduisante : si les hommes et les femmes peuvent obtenir les mêmes résultats dans des domaines où une solide disparité entre sexes a été constatée, alors il ne peut s’agir de différences essentielles, mais de vestiges des siècles de sexisme au cours desquels on a toujours tenté de dépeindre les femmes comme moins intelligentes que les hommes. Fine va plus loin et affirme que tout spécialiste moderne de neuro-science cognitive suggérant l’existence de différences sexuelles essentielles dans l’esprit humain ne fait que perpétuer ce sexisme historique. Et elle forge un nouveau terme pour qualifier l’exploration, par les chercheurs modernes, des caractéristiques mentales des hommes et des femmes : « neurosexisme ». Son livre est généreusement émaillé de citations empruntées aux sexistes des XVIIIe et XIXe siècles, comme si nos contemporains ne valaient pas mieux que ceux qui voulaient priver la femme du droit de vote et la confiner dans l’espace domestique. Comme si elle voulait nous dire : « Regardez, rien n’a changé. » Alors qu’est-ce qui fonctionne et qu’est-ce qui cloche dans sa thèse fondamentale ? Ce qui fonctionne, c’est que le livre étudie le rôle des facteurs sociopsychologiques dans les résultats obtenus par les hommes et par les femmes lors de tests psychologiques, et c’est là une contribution tout à fait bienvenue. Étant moi-même l’un de ces psychologues que Fine a en ligne de mire, je pense qu’elle serait très étonnée d’apprendre que je suis d’accord : les variables sociales sont importantes et jouent sans aucun doute un rôle clé dans la détermination de notre comportement. Les effets mis en lumière par l’auteure peuvent être conçus comme la démonstration d’une réalité de bon sens : si vous donnez de l’assurance à quelqu’un, il réussira mieux ; si vous modifiez les espérances de cette personne sur ses performances, ses résultats seront influencés par ses attentes. Merci à Fine de rappeler qu’il ne faut pas oublier l’importance de l’environnement en matière de différences sexuelles. Mais montrer que la manipulation des variables sociales peut modifier le comportement ne prouve pas qu’elles soient la cause des disparités spontanées. La manipulation sociale est une forme d’intervention, et il ne faut pas se laisser prendre au piège classique qui consiste à supposer que l’absence de traitement est la cause d’une maladie. L’aspirine peut faire disparaître le mal de tête, mais le mal de tête n’est pas forcément causé par l’absence d’aspirine. Là où je suis en désaccord, comme bien d’autres scientifiques probablement, c’est lorsque l’auteure nie avec un extrémisme virulent le rôle que peut jouer la biologie dans l’émergence de toute différence sexuelle dans l’esprit et dans le cerveau. Mon livre The Essential Difference soutient de façon modérée, me semble-t-il, que ces dissemblances sont le fruit d’influences à la fois sociales et biologiques, remarque qui vaut aussi pour l’excellent ouvrage de Melissa Hines Brain Gender. (1) Mais pour Fine, même un soupçon d’influence biologique, c’est encore trop de biologie. Alors, comment réagit-elle aux expériences qui attestent des influences prénatales ou néonatales sur les différences sexuelles ? Ici, sa principale stratégie (prétendre que les différences sexuelles disparaissent dès qu’on manipule des variables sociopsychologiques) ne tient plus. Elle est donc obligée d’adopter une autre méthode, et dissèque les recherches qui mettent cela en…
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