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Naples de haut en bas

Le voyage d’une adolescente vers l’âge adulte : le nouveau Elena Ferrante.

C’était l’un des livres les plus attendus de l’année. Cinq ans après la parution du dernier volet de L’Amie prodigieuse, le nouveau roman d’Elena Ferrante a été lancé en fanfare sur un marché éditorial italien par ailleurs poussif. Vu le succès phénoménal de la tétralogie napolitaine, vendue à près de 12 millions d’exemplaires dans une cinquantaine de pays, les éditions E/0 n’ont pas lésiné : la maison romaine a orchestré une campagne marketing « qui rappelle le faste des avant-premières de Harry ­Potter », observe Cristina Taglietti dans le quotidien Corriere della Sera. En septembre, les journalistes ont d’abord reçu l’incipit du livre, puis le titre et la couverture et, enfin, le 5 novembre, « un tam-tam numérique a ébranlé les rédactions de toute l’Italie. De l’Italie ? De l’Europe ! Non, du monde ! » s’amuse la journaliste Lara Ricci dans le supplément culturel du quotidien économique Il Sole 24 Ore, après avoir enfin reçu une version numérique du roman, habilement protégée par un mot de passe. Quant aux fans, ils ont eu droit le lendemain à une « nuit Ferrante » organisée dans diverses librairies de la péninsule à grand renfort de jeux pour tromper l’attente jusqu’à ce que le livre soit enfin mis en vente, à minuit. Rien de surprenant à ce que le roman, tiré à 250 000 exemplaires – et « distribué sans le concours d’Amazon, qui, en Italie, n’aide pas l’écosystème des librairies », tient à préciser l’éditeur – soit, depuis, dans le peloton de tête des ventes.

 

Mais ce lancement savamment orchestré n’explique pas à lui seul le formidable succès de La vita bugiarda degli adulti, roman d’apprentissage situé dans la Naples des années 1990. « Jamais une œuvre n’a raconté de façon aussi précise, impitoyable et tendre les tourments intérieurs et extérieurs qu’occasionne le fait de devenir adulte, de devenir femme », écrit ­Laura Fortini dans le quotidien Il Mani­festo. « Tout se joue dans la sphère familiale, où le bonheur n’est qu’apparent et où la débâcle se profile », note le critique littéraire et universitaire Stefano Jossa dans la revue culturelle en ligne Doppiozero. Au départ, un choc : Giovanna, 13 ans, entend son père dire à sa mère qu’il la trouve laide, comme certains membres de la famille qu’il déteste et avec qui il a coupé les ponts. La tante Vittoria, par exemple. Prise de curiosité, l’adolescente va à la rencontre de celle-ci dans le quartier populaire du Pascone, près de la zone portuaire, loin de l’univers bourgeois de ses parents, qui vivent dans les hauteurs de la ville. Giovanna découvre un monde inconnu, tombe sous le charme, s’initie au sexe et au mensonge. En somme, « les ingrédients du roman parfait sont réunis », estime le critique de Doppiozero qui avoue « envier » la romancière : « Elle a le courage d’être populaire. »

LE LIVRE
LE LIVRE

La vita bugiarda degli adulti de Elena Ferrante, E/O, 2019

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