Parce que je le vaux bien

Le système dit méritocratique est non seulement faussé, mais pernicieux. Il promettait une plus grande équité. À la place, on constate une satisfaction disproportionnée chez les gagnants et un ressentiment dangereux chez les perdants.


Comment ne pas me figurer que ma réussite n'est due qu'à moi ? Lambert Wilson dans le film Palais Royal ! (France, 2005).

Curieux destin que celui du terme « méritocratie » : forgé par le grand sociologue britannique Michael Young dans sa dystopie de 1958 The Rise of the Meritocracy, il était éminemment péjoratif. Or, dans les décennies qui suivirent, son succès s’accompagna d'un renversement complet : on se mit à l’employer en bonne part. D’ailleurs, quand Tony Blair, en 1996, se proclama sans ironie « méritocrate », c’en fut trop pour Young : il se fendit d’un texte dénonçant le fringuant Premier ministre de l’époque.
Young est mort en 2002. Mais il aurait sans doute apprécié de voir son concept connaître un nouveau regain de popularité et, cette fois, dans l’acception qu’il lui avait donnée au départ. Depuis quelques années, à la faveur du Brexit et de la présidence Trump, les critiques contre le système « méritocratique » se sont multipliées. Dès 2015, la juriste Lani Guinier publiait The Tyranny of the ­Meritocracy. En 2017, c’était au tour du journaliste et économiste David Goodhart de faire paraître Les Deux Clans. La France n’était pas en reste, puisque ...

LE LIVRE
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La Tyrannie du mérite de Michael J. Sandel, Albin Michel

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