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Rembrandt et les Juifs

Pour Édouard Drumont, l’auteur de l’essai antisémite La France juive (1886), « il faut regarder l’œuvre de Rembrandt si l’on veut vraiment voir les juifs ». Le grand historien de l’art Erwin Panowski, Juif allemand, s’émerveillait, en détaillant un tableau du maître, de voir dans la gestuelle du Christ « quelque chose d’indubitablement juif » (1920). Quand la propagande nazie tenta de faire de Rembrandt une figure fondatrice du génie allemand, et même l’archétype de l’artiste aryen, cela fit scandale en Hollande. Pas seulement en raison de l’absurdité de la chose, mais parce que Rembrandt était perçu comme l’un des premiers artistes non juifs à avoir pris à cœur la cause juive. Le thème se retrouve dans le film de Charles Matton, Rembrandt (1999), où l’on voit le peintre s’écrier « J’aime les Juifs ! » en arpentant une rue animée de l’Amsterdam du XVIIe siècle.
Il est désormais bien établi qu’il s’agit là d’un mythe. Une synthèse de travaux d’experts est présentée dans le catalogue d’une exposition qui s’est tenue voici deux ans au Musée juif d’Amsterdam, catalogue désormais disponible en anglais. Des quelque cent quarante portraits d’homme attribués à Rembrandt, seuls trois sont ceux de Juifs, et encore y a-t-il un doute sur deux d’entre eux, relève Benjamin Moser dans la New York Review of Books. Un seul portrait d’homme est probablement celui d’un Juif, un éminent médecin sépharade. Mais Rembrandt n’est pas le seul à l’avoir représenté. Il en va de même des figures féminines. Le doute plane jusque sur la célèbre Fiancée juive du Rijksmuseum. De fait, comme nous l’apprend par ailleurs Steven Nadler, un spécialiste américain, dans son livre Rembrandt’s Jews, publié en 2003, les Juifs d’Amsterdam, en majorité d’origine portugaise, étaient particulièrement réticents à l’idée de se faire représenter. Moins d’une vingtaine de portraits de Juifs nous sont restés de cette époque. Par ailleurs, il ne semble pas que les peintres hollandais s’intéressèrent particulièrement aux Huifs. Ceux-ci les intriguaient moins que les Africains, les Brésiliens ou les Javanais, écrit Benjamin Moser.
Comment le mythe s’est-il forgé ? Pour Steven Nadler, qui commente à son tour ce catalogue critique dans le Times Literary Supplement, il remonte aux catalogues de l’œuvre du peintre hollandais publiés au xviiie siècle. Le point culminant de l’histoire fut le très respecté « catalogue raisonné » publié en 1937 par Abraham Bedius, aux yeux duquel plus d’un quart des portraits d’homme de Rembrandt représentaient des Juifs. De quoi entretenir le mythe. Et pourquoi est-il né ? Là, les historiens, pour l’heure, nous laissent sur notre faim.

Mirjam Alexander-Knotter, Jasper Hillegers et Edward Van Voolen, The ‘Jewish’ Rembrandt. The Myth Unravelled (« Le “Rembrandt juif” . Le mythe ébranlé »), Waanders Publishers, 2008.

LE LIVRE
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Le Rembrandt juif : le mythe ébranlé de Rembrandt et les Juifs, Jasper Hillegers et Edward Van Voolen, Waanders Publishers

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