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Retraites : le modèle néo-zélandais

Une pension de base d’un montant identique pour tous : le système est plébiscité par la population.

Si j’étais président de la République (ce n’est pas d’actualité), je suggérerais à une commission d’experts et aux partenaires sociaux d’étudier en détail le système de retraites néo-zélandais. Dans l’idée de procéder à une réforme beaucoup plus profonde que celle qui est envisagée actuellement. Plus équitable aussi, et plus lisible par le commun des mortels, donc plus facile à faire accepter.

 

Le principe a été adopté en 1977. Il consiste à accorder à tous, à partir de 65 ans, une pension de base forfaitaire. Son montant est indexé sur le coût de la vie et le salaire moyen après impôt. Il représente 65 % de ce dernier pour un célibataire (soit à peu près 1 000 euros par mois), et 60 % pour chaque membre d’un couple vivant sous le même toit. Cette pension est accordée à toute personne ayant résidé au moins dix ans dans le pays après l’âge de 20 ans, dont cinq ans après 50 ans. Elle ne dépend pas des cotisations versées lorsque le retraité était en activité, si bien que les anciens chômeurs et les femmes au foyer y ont droit. Ceux qui continuent à travailler après 65 ans la perçoivent aussi. De fait, plus de 30 % des plus de 65 ans sont encore en emploi, contre 5 % en France. Cette mesure simple réduit considérablement le coût de l’administration par rapport aux pays où la retraite est contributive. Cela fait que la Nouvelle-Zélande est aussi l’un des pays où le niveau de dépenses publiques de retraite est le moins élevé : à peine plus de 5 % du PIB contre 14 % en France.

 

Le système a été complété en 2007 par un plan d’épargne-­retraite d’entreprise, KiwiSaver, fondé sur le principe du nudge (« coup de pouce ») : tous les nouveaux salariés y sont automatiquement affiliés, mais ils peuvent exercer un droit de retrait dans les deux mois suivant leur embauche. Les cotisations, qui représentent de 4 à 8 % du salaire, sont payées pour moitié par le salarié et pour moitié par l’entreprise. Elles ne donnent pas droit à un complément de pension mais à une somme que l’on perçoit en une fois, soit à 65 ans, soit plus tard si on continue à travailler. Les affiliés peuvent aussi retirer leur épargne avant ce terme pour acquérir un premier logement. Le dispositif, qui était assorti jusque récemment d’un abondement de l’État de 1 000 dollars néo-­zélandais, soit quelque 600 euros, a rencontré un grand succès : 75 % des salariés y sont affiliés.

 

Le Parti national (conservateur), dans l’opposition, souhaiterait faire passer à 67 ans l’âge auquel la pension de base est versée, mais une étude récente commanditée par l’actuel gouvernement travailliste a conclu que l’équilibre financier système actuel était assuré pour les trente ans à venir, malgré la hausse du nombre de retraités et l’allongement de ­l’espérance de vie.

 

La pension de base est la seule source de revenus pour la majorité des retraités néo-zélandais. Peuvent s’y ajouter une pension d’invalidité et une allocation logement. Car le problème, à présent, c’est le coût du logement. Les Néo-Zélandais ont bénéficié d’un vaste programme d’accession à la propriété après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui encore, 75 % des plus de 65 ans sont entièrement ou partiellement propriétaires de leur logement, et le chiffre monte à 90 % pour ceux qui ne sont pas en situation de dépendance. Mais le taux d’accession à la propriété se dégrade, surtout chez les jeunes et les Maoris.

 

Le dispositif KiwiSaver devrait améliorer les choses. Cela dit, à l’heure actuelle, la proportion de retraités vivant dans la pauvreté est l’une des plus faibles du monde ; elle est comparable à celle des pays nordiques. Le taux de privation matérielle (le meilleur indicateur disponible) est de 1 à 3 %, contre 5 à 11 % en France, en fonction du nombre de critères de privation retenus 1.

 

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Simple, clair, équitable, le système de retraite néo-­zélandais est plébiscité par la population. Serait-il envisageable de s’en inspirer chez nous ? Et pourquoi pas ?

Notes

1. Charles Waldegrave, « Pension universelle et logements subventionnés : un modèle parfait pour une population vieillissante ? Nouvelle-Zélande et Union européenne, une étude de cas comparative », Retraite et société 2019/1

LE LIVRE
LE LIVRE

Description of New Zealand’s current retirement income policies (« Description du régime public de retraite en vigueur en Nouvelle- Zélande ») de ministère de l’Action sociale de Nouvelle-Zélande, 2019

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