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Sauvage Slovaquie

Portrait romancé, mais pas tant, d’un pays sinistre, corrompu et violent.

La Slovaquie que décrit le journaliste Arpad Soltész dans son premier roman ne fait pas rêver. Les forêts inscrites au Patrimoine mondial de l’Unesco ? Le terrain de jeu (et cimetière) de la pègre. La chaîne des Tatras ? « La région de haute montagne la plus basse du monde. » Les bars et restaurants ? Des rades qui vendent « tout et n’importe quoi, depuis une gnôle de genièvre bon marché et une bière aigre jusqu’à un coup de rasoir au travers de la gueule en passant par une pipe avec préservatif recyclé et chaude-pisse assu­rée ». Quand un lieu est classe, c’est uniquement « au regard des critères locaux », si un vêtement est bien coupé, il vient forcément de l’étranger.

 

Les personnages ne sont pas bien attirants non plus. La ­police, censée résoudre l’affaire de l’enlèvement de Veronika, destinée à un réseau de prostitution, est un nid de ripoux. Même les mieux intentionnés le disent : « Pardon Veronika. Tu sais bien, si nous avions eu un peu de ­jugeote, nous ne serions pas dans la police. » Le juge est mieux considéré : « Quand il palpait, […] il partageait toujours à la loyale. Tout le monde l’aimait. » Quant aux avocats, politiciens et hommes d’affaires, ils ne sont rien que des truands. Seuls quelques personnages s’en tirent à peu près : Veronika, passée de victime à ­esprit vengeur, Miki Miko et Pali ­Schlesinger, « un flic aux ­méthodes de gangster et un journaliste sans instinct de survie dressés contre les groupes criminels majeurs de l’époque : la police, la justice et les services secrets », résume la Pravda. Le tout décrit, note le quotidien, dans un « style acéré et naturaliste », avec « beaucoup d’humour et d’ironie », juge le magazine en ligne ZN, qui prévient toutefois le lecteur qu’il a intérêt à « avoir l’estomac bien accroché ».

 

Mais ça, c’était la Slovaquie de la fin des années 1990, la Slovaquie sauvage, celle du gouvernement de Vladimir Mečiar, « trou noir » de l’Europe centrale, que Soltész a bien connue. « Ce roman est inspiré d’événements qu’il a lui-même vécus », rappelle le quotidien Pravda, relatant le passage à tabac dont le journaliste d’investigation avait été victime à l’époque. Depuis, insistait Soltész à la parution de son livre en février 2018, le pays a changé : « Nous avons nettoyé la crasse. Je n’ai plus peur de ­sortir dans la rue une fois la nuit tombée », confiait-il dans une interview à Sme, deux semaines à peine avant l’assassinat du jeune journaliste d’investigation Ján Kuciak, réputé pour ses ­enquêtes sur la mafia et la corruption, et de sa compagne, Martina Kušnírová.

 

Dès lors, Arpad Soltész est ­reparti au combat, fondant le Centre slovaque d’investigation journalistique ; le Premier ministre Robert Fico a démis­sionné ; l’homme d’affaires ­Marián Kočner, soupçonné d’avoir commandité le meurtre de Ján Kuciak, a été ­arrêté ; et les ­révélations sur les liens entre le « parrain slovaque » et les plus hautes sphères de l’État continuent de pleuvoir.

LE LIVRE
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Il était une fois dans l’Est de Arpad Soltész, Agullo

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