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Un génie dans la révolution

Une énième étude à propos de Goethe et de la Révolution française ? Pas exactement : alors que l’on s’intéresse en général au seul « Goethe sur la Révolution » – aux avis, sentences et réflexions du grand écrivain sur cette tempête qui s’abattit sur l’Europe –, l’historien et journaliste Gustav Seibt étudie dans son dernier livre un sujet bien plus circonscrit et concret : « Goethe dans la Révolution », « son implication directe dans “le plus terrible de tous les événements”, comme il le qualifia plus tard », résume Manfred Koch dans le Neue Zürcher Zeitung. Car Goethe n’était pas seulement l’un des auteurs les plus fameux de son temps : il fut aussi ministre du duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar. Et en tant que tel, i

l dut (à contrecœur) accompagner l’armée prussienne qui, à l’été 1792, envahit la France dans l’intention d’y restaurer l’Ancien Régime. L’expédition ayant tourné court à Valmy, Goethe pense en être quitte. Mais quelques mois plus tard, on l’envoie à Mayence. La ville est occupée par les Français, qui tentent d’y exporter les valeurs de leur jeune République, avant de s’en retirer le 23 juillet 1793. Dans son livre, Seibt fait un récit minutieux des journées du 20 au 28 juillet 1793, quand aux débordements jacobins succéda la furie contre-révolutionnaire. Les pages que Goethe y consacrera plus tard dans sa Campagne de France comptent, selon l’auteur, parmi « les descriptions de violence physique les plus fortes de toute son œuvre ». Son essai sur Goethe dans la révolution est aussi, pour Seibt, l’occasion de replacer dans son contexte l’une des phrases les plus célèbres et les plus mal comprises de l’écrivain : un jour que la foule menace de lyncher un architecte soupçonné d’avoir collaboré avec les Jacobins, il s’interpose et répond à ceux qui lui demandent pourquoi il a risqué sa vie : « Je préfère commettre une injustice que tolérer un désordre. » Cette phrase – qu’au demeurant, Goethe n’a sans doute jamais prononcée, aucune source ne venant la confirmer, selon Seibt – est donc loin du machiavélisme qu’on lui prête, puisque, comme le relève Koch, « l’“injustice” en question a consisté à empêcher la pire des iniquités : une justice expéditive ».

LE LIVRE
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Avec une espèce de colère, C. H. Beck

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