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Villepin et l’esclavage

La rhétorique de l’homme politique et les réalités de l’histoire.

«Aujourd’hui, la France veut regarder en face cette tragédie qui a laissé tant de plaies ouvertes à travers le monde dans sa propre chair. Mais elle veut se souvenir aussi des grands combats contre l’esclavage nourris par l’idéal des Lumières et portés par l’élan de 1789 », écrivait Dominique de Villepin dans son avant-propos aux Mémoires des esclavages d’Édouard Glissant. Paru en 2007, ce livre quasi officiel était destiné à consacrer la fondation d’un Centre national pour la mémoire des esclavages et de leurs abolitions, centre prévu depuis 2004 mais toujours en devenir.

La belle rhétorique que voilà, observe l’universitaire américain Brent Hayes Edwards dans la London Review of Books, rendant compte du livre de Glissant mais aussi d’un ouvrage de l’historien Christopher Miller sur le « triangle atlantique français ». Les ténors des Lumières avaient une position ambiguë sur l’esclavage et la France révolutionnaire n’était nullement à l’avant-garde de la modernité. Montesquieu critique l’esclavage de l’Amérique hispanique, mais ne mentionne pas l’esclavage français. Rousseau dit que l’homme « est partout dans les fers », mais n’évoque pas les chaînes réelles enserrant les membres des Africains. Voltaire a investi indirectement dans la traite des Noirs et se réjouissait d’apprendre, en 1768, qu’un navire négrier portait son nom. « Miller dresse un tableau dévastateur du “caractère anémique” de la littérature abolitionniste » avant, pendant et après la Révolution, écrit Edwards. Contrairement à ce qui s’est passé en Angleterre, les abolitionnistes ont « échoué à former un mouvement même au sens le plus vague du terme ».

Entre 1815 et 1831, la flotte anglaise tenta d’enrayer la traite des Noirs française, arraisonnant les navires négriers. En 1820, La Jeune Estelle fut ainsi poursuivie par un navire anglais au large de la Martinique. L’ayant arraisonnée, les Anglais trouvèrent, dans une barrique restée sur le pont, deux jeunes filles noires attachées. Ils avaient vu les marins français, pendant la poursuite, jeter à la mer une bonne quantité de barriques.

LE LIVRE
LE LIVRE

Le triangle atlantique français. Littérature et culture du commerce d’esclaves de Villepin et l’esclavage, Duke University Press

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