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L’affaire Miassoïedov

Un officier tsariste fut lui aussi accusé d’espionnage au profit de l’Allemagne.

Le site littéraire polonais Booklips compare L’Affaire du colonel ­Miassoïedov à la série House of Cards: jeu politique, espionnage, romances, jalousie, vengeance. L’auteur de ce roman documentaire écrit en 1962, Józef Mackiewicz (1902-1985), relève, pour sa part, le ­parallèle entre le capitaine français Alfred Dreyfus et son héros, colonel de l’armée tsariste exécuté pour espionnage au profit de l’Allemagne en 1915. Deux cas emblématiques de leur époque, selon Mackiewicz, dont le ­récit court de la fin du XIXe siècle jusqu’au bombardement de Dresde, en février 1945.

 

La première partie se concentre sur la vie du colonel et les inci­dents apparemment insignifiantes qui finiront par entraîner sa chute – ou comment une partie de chasse avec Guillaume II renforça les soupçons d’inféodation à l’Allemagne. La seconde porte sur l’épouse du colonel, Klara, d’origine juive, cible de la police tsariste puis soviétique : « C’est le sort émouvant d’une femme jetée hors des sillons d’une vie ennuyeuse mais stable, et dont la loyauté naïve envers son mari lui vaudra d’être stigmatisée jusqu’à sa mort », résume Booklips.

 

On retrouve dans L’Affaire du colonel Miassoïedov les leitmotivs de l’auteur : sa guerre acharnée contre le communisme (« dont la caractéristique principale est l’asservissement de la pensée »), mais aussi sa détestation du nationalisme (à qui il attribue la fin de l’Europe de l’Est multiculturelle) et de l’opinion publique (qui ­scella le sort de ­Miassoïedov).

 

« Toute l’œuvre de Mackiewicz est un réquisitoire contre la poli­tique du XXe siècle, qui détruit les individus, note le critique Wlodzimierz Bolecki sur le site Culture.pl, soulignant l’obsession de Mackiewicz pour la vérité et les faits historiques. En tant qu’écrivain, il voulait être un témoin crédible de l’histoire à laquelle il avait participé. Avec une volonté : révéler la vérité sur le communisme soviétique. Et un rêve : le détruire. »

 

Témoin de l’exhumation des corps de milliers d’officiers polo­nais exécutés à Katyń au printemps 1940, il eut le courage d’attribuer le massacre aux bolcheviques, qu’il accusa par ailleurs, comme les Alliés, de crimes contre des civils allemands à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1942, à cause de son anticommunisme virulent, il fut condamné à mort pour collaboration avec l’Allemagne, comme Miassoïedov, même si la sentence fut finalement annulée faute de preuves. Et, comme ­Klara, il en garda des stigmates à vie et finit ses jours en exil.

 

Ignoré des encyclopédies et des manuels d’histoire ou de littérature sous le communisme, Józef Mackiewicz ne gagnera pas beaucoup en notoriété par la suite. En cause, des problèmes de droits pour l’édition de ses œuvres en Pologne, mais surtout, selon Bookslips, son statut d’« écrivain politiquement incor­rect », pourfendeur de l’imaginaire historique collectif.

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L’Affaire du colonel Miassoïedov de Józef Mackiewicz, traduit du polonais par Laurence Dyèvre, Noir sur Blanc, 2020

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