Éloge de la Terreur
par Ruth Scurr

Éloge de la Terreur

Contrairement à ce que veulent nous faire croire des historiens policés par le libéralisme social-démocrate, qui dénigrent la Terreur, celle-ci fut « une transaction sacrée où la fondation des valeurs exige la mort des hommes ».

Publié dans le magazine Books, novembre 2012. Par Ruth Scurr
Les mots « terrorisme » et « terroristes » ont été créés au lendemain de la Révolution française pour décrire les « individus sanguinaires » qui instaurèrent et firent fonctionner les mécanismes d’une répression terrible – le Tribunal révolutionnaire, sa « loi des suspects » et la guillotine – conçus pour supprimer la tyrannie et garantir la liberté au nom du peuple souverain. « La liberté ou la mort », proclamaient fièrement les Jacobins, avant que leur club ne soit fermé. « Vouliez-vous une révolution sans révolution ? », faisait judicieusement remarquer Robespierre. Dans son essai provocateur, Sophie Wahnich a du nouveau à nous apprendre sur la différence entre les terroristes d’aujourd’hui et leurs prédécesseurs nominaux du XVIIIe siècle. Elle propose aussi une audacieuse reconstitution des émotions qui menèrent à la Terreur, en rappelant à ses lecteurs que cette époque particulière reste un laboratoire politique où il est possible de poser des questions extrêmes sur les causes et les conséquences de la violence. Son hypothèse de départ est que le dégoût face au sang versé et aux vies sacrifiées est une réaction édifiante mais simpliste et apolitique face aux révolutions passées et présentes. Sur le lien putatif rattachant la Révolution française aux terroristes du 11-Septembre, Wahnich est claire : « La terreur révolutionnaire n’est pas le terrorisme. Établir une équivalence morale entre l’an II et 2001 est un non-sens historique et philosophique. » Dans sa conclusion, elle réitère cette disjonction : « La violence exercée le 11-Septembre ne visait ni l’égalité ni la liberté. La guerre préventive annoncée par le président des États-Unis non plus. » Selon Wahnich, il existe une analogie entre 1793 et 2001, dans la façon dont les révolutionnaires français et les Américains, plongés dans la crainte, cherchèrent dans la colère, le courage et la justice une résistance commune à l’ennemi. Mais l’analogie s’arrête là parce que « les Américains, quoi qu’ils en disent, ne vivent pas un temps de fondation et l’on n’en a pas fini d’observer les formes d’effroi que la réaction des États-Unis a provoquées, effroi d’une violence non pas fondatrice mais policière et depuis peu également préventive ». Les révolutionnaires français, en revanche, vivaient en un temps de fondation (de nouvelles valeurs politiques), représenté par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui, affirme Wahnich, n’aurait pu être obtenue…
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