Soutenez la presse indépendante ! Abonnez-vous à Books, à partir de 8€/mois.

Fuyante et fascinante anguille

Curiosité naturelle et espèce menacée, ce poisson défie les classifications biologiques et inspire les écrivains.


© Peter Macdiarmid / Getty

Le journaliste suédois Patrik Svensson consacre à l'anguille un récit très personnel, dans lequel il évoque les parties de pêche avec son père.

Depuis l’été dernier, les lecteurs suédois se passionnent pour l’anguille. Cet étrange poisson « serpente dans notre histoire, aussi difficile à saisir avec les mains que par la pensée », résume le quotidien Svenska Dagbladet. Le journaliste culturel Patrik Svensson lui consacre un récit très personnel dont les droits ont déjà été vendus dans plus de 30 pays (la traduction française paraîtra au Seuil). Remarquable pour un premier livre, ce succès s’explique notamment par le fait que l’animal est menacé de disparition et que l’auteur « ne cherche pas vraiment à dissiper la brume » qui l’entoure depuis l’Antiquité, pointe le quotidien ­Aftonbladet. « Au contraire, il veut la préserver » pour mieux évoquer la fuyante créature.

On sait que l’anguille euro­péenne naît uniquement en mer des Sargasses, dans l’Atlantique nord-ouest, avant de suivre les courants marins jusqu’aux rivières du continent, à quelque 6 000 kilo­mètres de là. Ensuite, elle emprunte le chemin inverse pour se reproduire et mourir. Mais, de l’avis des scientifiques, des zones d’ombre subsistent – le nom vernaculaire désigne d’ailleurs plusieurs espèces de poissons serpentiformes appartenant à des ordres différents dans la classification des espèces. En somme, « l’anguille se déplace dans le monde comme une sorte d’équivalent marin de la figure androgyne d’Orlando dans le roman de Virginia Woolf », observe le quotidien Expressen.

Comme le signale encore le quotidien, Aristote croyait que la bestiole naissait des entrailles de la Terre. À l’âge de 19 ans, Sigmund Freud en disséqua des centaines dans l’espoir vain de leur trouver des testicules, « scénario qui ressemble presque à une parodie de rêve freudien ».

Cet animal a déjà beaucoup inspiré les écrivains et philosophes, mais l’ouvrage de Patrik Svensson se distingue d’abord par sa forme. « Svensson laisse l’histoire de l’anguille jouer avec les souvenirs qu’il a de son père », il évoque « leurs relations et leurs parties de pêche communes », explique le Skånska Dagbladet, le quotidien de Malmö, région natale de l’auteur. Un chapitre sur deux est consacré aux relations père-fils, à ces moments privilégiés en compagnie d’un homme taciturne, mort prématurément, tantôt attendant au bord de l’eau, tantôt en joie après une belle prise, songeant à la manière de la cuisiner.

Le charme du récit réside aussi dans son anthropomorphisme : « Svensson sait huma­niser l’anguille », ajoute le Skånska ­Dagbladet. « Avec chaleur mais sans pathos », apprécie ­Expressen : « Ni le mystère de l’anguille ni celui de la vie humaine ne sont magnifiés outre mesure – ce n’est pas la peine, ils sont comme ils sont, énigmatiques et prosaïques à la fois. »

LE LIVRE
LE LIVRE

Ålevangeliet: berättelsen om världens mest gåtfulla fisk de Patrik Svensson, Albert Bonnier, 2019

SUR LE MÊME THÈME

Bestsellers Initiation au Cachemire
Bestsellers Les meilleures ventes aux Pays-Bas - Entre mémoire et espoir
Bestsellers Grippe espagnole 2.0

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.