Lignes de faille
par Olivier Postel-Vinay

Lignes de faille

Publié dans le magazine Books, juillet-août 2011. Par Olivier Postel-Vinay

Le point de départ de ce numéro spécial fut la publication, aux États-Unis, du livre d’Amy Chua Tiger Mother. Pour cette universitaire d’origine chinoise, appartenant à l’élite de la société américaine, les Occidentaux feraient bien d’en finir avec leur attitude laxiste à l’égard des enfants et de tirer les leçons de la bonne tradition chinoise : l’éducation à la dure, sinon à la trique. Avec un soupçon d’ironie, Amy Chua, qui a martyrisé ses deux filles avec succès, se pose en parangon de la bonne mère issue d’une collectivité qui gagne. L’émoi déclenché par ce livre aux États-Unis nous a servi de fil conducteur pour construire ce dossier.

Qu’est-ce aujourd’hui qu’une bonne mère ou une mauvaise mère ? Jusqu’où peut, doit, aller son investissement dans ses enfants ? Pourquoi est-elle si couramment désignée comme coupable, voire haïe ? La mère absente, est-ce un drame ? Comment la tension entre travail et foyer est-elle vécue d’un pays à l’autre, d’une classe sociale à l’autre ? Quel est le bon âge pour devenir mère ? La femelle humaine reste-t-elle finalement proche de son état de mammifère et de primate, ou bien lui tourne-t-elle résolument le dos ? Doit-elle allaiter un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ? Comment interpréter l’abandon, l’infanticide ? Le refus d’enfant ? Ou, à l’inverse, la conviction qu’il existerait un droit à l’enfant ? Une femme peut-elle dire qu’elle aime son mari plus que ses enfants ? Une mère peut-elle cesser d’aimer ses petits ? Pourquoi, dans les pays riches, depuis des décennies, l’émancipation de la femme semble-t-elle piétiner ? Les mères auront-elles raison du plafond de verre ? Le monde de l’entreprise est-il voué à l’androcentrisme ? Le féminisme a-t-il encore un sens ? Les militantes auraient-elles définitivement perdu la partie ? Ou bien de nouvelles perspectives sont-elles en train de s’ouvrir, de manière peut-être inattendue ? Quelle est l’influence des médias, des intérêts financiers, de la publicité, du cinéma ? Un État, des lois, des institutions peuvent-ils faire la différence ?

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