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La véritable idéologie de la Corée du Nord

Et si le régime de Pyongyang n’était pas un vestige du stalinisme, mais du fascisme des années 1930 ?

«De trop nombreux observateurs supposent à tort que les dépêches en anglais de l’agence de presse nord-coréenne diffusent le même genre de propagande que celle reçue par la population du pays. Il y a, en réalité, des différences considérables », affirme d’emblée B.R Myers, dans la préface de son livre sur l’idéologie au pouvoir à Pyongyang. Pour les éclairer, ce spécialiste en poste à l’université sud-coréenne de Dongseo a exploré une multitude de films, dessins animés, romans, affiches, manuels scolaires et autres matériaux de propagande intérieure. Sa conclusion : le régime de Pyongyang s’analyse moins comme un vestige du stalinisme, ou d’un patriarcat d’essence confucéenne, que comme un « nationalisme extrême, développé sous l’influence du fascisme japonais des années 1930 », résume l’historien Andrei Lankov dans la Far Eastern Economic Review. Les propagandistes de la jeune République populaire ont façonné des mythes nationaux sur le mod
e racial et xénophobe de leurs anciens colonisateurs. Jusqu’à l’esprit kamikaze : au royaume de Kim Jong-il, « on parle chaque jour à chaque enfant de la merveilleuse perspective de mourir immolé au service de la mère patrie », relève Christopher Hitchens sur le site Slate. L’emploi du mot « mère » semble ici fort à propos. Pour Myers, on peut résumer d’une phrase l’idéologie à l’œuvre en Corée du Nord : « Le peuple coréen est de sang trop pur, et par conséquent trop vertueux, pour survivre dans ce monde maléfique sans une formidable autorité parentale. » Et Dwight Garner souligne dans le New York Times l’aspect « essentiellement – et fondamentalement – féminin » du dirigeant suprême : des tableaux figurent la nation reposant sur le sein de Kim Jong-il, et, avant lui, son père bordant des enfants. Le symbole protecteur de Kim s’oppose ainsi aux ennemis extérieurs, démoniaques, au premier rang desquels les Américains. Ces étrangers que le régime accuse aussi d’avoir « pollué » la « race » en Corée du Sud. Et lorsque les sacs d’aide alimentaire arrivent à Pyongyang ornés de la bannière étoilée, les autorités prétendent que les Yankees effrayés témoignent ainsi leur respect au « cher Dirigeant ». Quelles sont les conséquences d’une telle idéologie au niveau international ? Si ce fascisme version coréenne constitue, comme le rapporte The Economist, le « dernier refuge de M. Kim », la probabilité est faible qu’il en sape les fondements par des concessions sur la question du nucléaire : « Il ne négocie pas avec l’Amérique pour mettre fin aux tensions, mais pour les entretenir : ni guerre totale, ni paix totale. »

=> Découvrir les articles des encyclopédies Universalis et Britannica sur la Corée du Nord

LE LIVRE
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La race la plus pure. Comment les Nord-Coréens se voient, et pourquoi c’est important de La croisade des transhumanistes, Melville House

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