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Les meilleures ventes (fiction) en Espagne – Place aux femmes et aux ruraux

Des voix, souvent jeunes et féminines, s’imposent dans le paysage littéraire et font entendre un nouveau discours.

Il y a encore quelques ­années, le sujet n’intéressait personne. Mais, lors de la campagne pour les législatives de novembre dernier, le débat n’a pas porté que sur la Catalogne. On a aussi beaucoup parlé des oubliés des régions dépeuplées par l’exode rural massif des années 1950 et 1960, de cette « Espagne vide », à laquelle le journaliste Sergio del Molino a consacré en 2016 un ouvrage qui a fait beaucoup de bruit. C’est précisément dans cet arrière-­pays que Santiago ­Lorenzo situe Los asquerosos, le roman en tête du classement de la librairie La Central, implantée à Madrid et à Barcelone. Dans cette fiction très réaliste, un jeune Madrilène blesse un policier antiémeute qui a voulu le frapper, puis part se planquer dans un hameau abandonné où il découvre les plaisirs de la vie frugale. Depuis sa parution en 2018, le roman ne quitte pas les listes des meilleures ventes.

 

Autre fait notable : sur les dix best-sellers de La Central, sept sont signés par des femmes. Des Espagnoles comme Eider Rodríguez, Cristina Morales et Anna Pacheco, mais aussi ­l’Irlandaise Sally Rooney, consacrée par la presse anglophone comme l’icône des milléniaux, l’Américaine Siri Hustvedt et la Polonaise Olga Tokarczuk, Prix Nobel de littérature 2018. Ce n’est pas un ­hasard. Longtemps perçue comme un bastion du machisme, l’Espagne est aujourd’hui à la pointe du combat féministe – même s’il reste beaucoup à faire.

 

Lors des deux dernières éditions de la Journée internationale des droits des femmes, les Espagnoles ont défilé en masse. En librairie, on observe un véritable boom des livres écrits par des femmes sur les femmes.

 

Dans son premier roman, ­Listas, guapas, limpias, la journaliste Anna Pacheco livre une réflexion sarcastique sur la conscience de classe, le féminisme et les prétendues avancées sociales, en reprenant les trois mots qui étaient, pour la génération de sa grand-mère, le sésame pour réussir dans la vie. Dans Lectura fácil, qui a valu à Cristina Morales le prix national de littérature 2019, quatre handicapées mentales qui partagent un appartement thérapeutique à Barcelone conquièrent leur autonomie. Ce roman, selon la présentation de l’éditeur, « est un champ de bataille : contre l’hétéropatriarcat monogame et blanc, contre le discours institutionnel et capitaliste, contre les mouvements sociaux qui, sous des dehors “alternatifs”, confortent le statu quo. Et surtout un portrait vibrant et féministe de la société contemporaine ».

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