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Darwin au bureau

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Et si des millénaires d’évolution expliquaient, mieux que tout autre facteur, la persistance des inégalités hommes-femmes dans le monde du travail ?

Ce n’est plus une révélation, les inégalités entre hommes et femmes dans l’entreprise persistent. Elles restent moins bien payées en moyenne et accèdent plus difficilement aux postes à responsabilité. Tout le monde s’accorde à reconnaître l’existence de ce fameux « plafond de verre », mais le débat sur ses causes n’est pas clos, comme en témoigne le dernier ouvrage de l’économiste Paul Seabright. On retrouve dans Sexonomics l’approche éclectique qui irriguait déjà La Société des inconnus (lire Books n° 23, « Homo communicans »), mélange d’économie et de psychologie évolutionniste. Une recette très à la mode dans la vulgarisation anglo-saxonne et pas toujours appliquée à bon escient. Camilla Power du Times Higher Education note toutefois que Seabright « évite le réductionnisme grossier dont souffrent souvent les ouvrages de ce type ». Selon l’auteur, les inégalités dont les femmes sont victimes dans leurs carrières s’expliquent par des manières de penser et d’ag

ir héritées de la préhistoire et forgées par des millénaires de compétition sexuelle. Dans cette course à la transmission des gènes, la loi de l’offre et de la demande favorise apparemment les femmes : si le sperme est abondant et biologiquement peu coûteux, les ovules sont en revanche beaucoup plus rares. Conséquence ? « Une femme, en temps normal, n’aura pas de mal à trouver quelqu’un pour la mettre enceinte, tandis que tout homme court un risque non négligeable d’être privé de descendance. Les mâles ont ainsi besoin de faire leur propre publicité, d’impressionner les femelles en leur démontrant qu’ils sont capables de les protéger et de leur apporter le nécessaire », explique Jonathan Rée dans le Guardian.

Or cette propension des hommes à épater les femmes (et d’éventuels rivaux) par toute une panoplie de signaux s’est adaptée à l’univers feutré de l’entreprise. Elle explique la domination qu’ils y exercent. Plus disposés que les femmes à sacrifier leur vie privée à leur carrière, les hommes voient dans leur réussite professionnelle un indice de leur valeur intrinsèque, tombant ainsi dans le piège de l’évolution : « Le héros de l’entreprise qui met un point d’honneur à travailler de longues heures se livre en réalité à une vaine parade, équivalent humain de la queue du paon », résume Rée. Les femmes, quant à elles, sont « mal préparées à être coupées de leur famille et enchaîner les heures supplémentaires au bureau pour convaincre leurs supérieurs qu’elles sont motivées », note Camilla Power. Optimiste, Seabright pense qu’il est possible de changer ces attitudes en poussant délibérément en sens inverse. Il propose ainsi, pour rétablir l’équilibre, d’instaurer un congé parental obligatoire pour les pères.

John Whitfield, dans la revue Nature, juge l’ouvrage à la fois « divertissant et convaincant », mais regrette l’absence d’un « chapitre qui traiterait de la période allant de la préhistoire au présent, et analyserait la manière dont les hommes et les femmes ont été affectés par certains développements, comme l’agriculture ». Un oubli regrettable.

LE LIVRE
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Sexonomics de Le modèle végétal, Alma

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