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D’une persécution l’autre

Dans le deuxième volet de son histoire des juifs, l’historien britannique Simon Schama raconte les promesses déçues de l’émancipation.


© Graham Jepson / Opale / Leemage

Entre l'expulsion des juifs de la péninsule Ibérique et l'affaire Dreyfus, Simon Schama raconte quatre siècles d'espoirs.

Faire de quatre siècles d’his­toire juive – de l’expulsion d’Espagne, en 1492, à ­l’affaire Dreyfus – un « récit fondamentalement opti­miste » (selon Sameer ­Rahim dans Prospect), voilà l’exploit ­accompli par l’historien et homme de télévision britannique Simon Schama dans le deuxième ­volume de sa trilogie. Son secret : il ne relate pas l’histoire mais des histoires individuelles, narrées à hauteur d’homme (et de femme) – une histoire « en haute définition » pour reprendre la belle ­expression d’Abigail Green dans le Times Literary Supplement, faite de récits pleins d’images et de bruits.

 

D’autant que Schama, qualifié par Bernard Wasserstein dans The Spectator de « Tintoret du récit historique », fait la part belle au savoureux monde séfa­rade. Les personnages spectaculaires de son récit « non téléologique » sont saisis alors qu’ils sont encore débordants d’énergie, d’illusions et d’espoir.

 

Un espoir qui fut pourtant largement déçu, sauf dans quelques ­enclaves spatio-temporelles comme la Chine des Ming, l’ancien royaume de Cochin – dans le sud-ouest de l’Inde –, les Pays-Bas du XVIIe siècle ou la Grande-Bretagne du XIXe siècle. Ailleurs, dans la chrétienté ou l’islam, les juifs n’étaient que tolé­rés (au mieux) et cantonnés aux activités subalternes et suspectes du commerce et de la finance.

 

Durant ces quatre siècles, sous l’emprise de cet irrépressible besoin d’« appartenance », qui vaut à l’ouvrage son sous-titre, les juifs n’en ont pas moins poursuivi avec acharnement « l’illusion héroïque d’une coha­bitation sans conversion », poursuit Abigail Green. Hélas, le « nouveau chrétien », le converso ibérique, est vite devenu le marrane, ou crypto-juif, c’est-à-dire « un catho­lique sans foi et un juif sans savoir », comme l’écrit le professeur d’histoire juive David Myers dans le Financial Times.

 

Plus tard, les Lumières ont ravivé l’espoir en laissant les juifs croire, dit l’auteur, « que la raison pouvait réconcilier ceux que la foi divise ». Illusion, là encore : la promesse d’émancipation de la Révolution française se révélera trompeuse, et le philosémite Napoléon, rien d’autre qu’un tyran comme les autres. Les juifs européens ont tout de même voulu croire pendant tout un siècle, montre Schama, qu’ils pourraient, « en tant que médecins, avocats, voire politiciens ou officiers », jouer à jeu presque égal, leur patriotisme « ardent mais pathétique » leur tenant lieu de sauf-conduit.

 

Cependant, en France, l’affaire Dreyfus a mis en évidence leur manque de réalisme. La réalité, résume Roger Cohen dans The New York Times, c’est que les nationalismes émergents du XIXe siècle ont d’emblée « pris la forme d’un culte militant de l’histoire, de la religion, de la ­nature et de la nation, face auquel les juifs semblaient incar­ner le contraire : un peuple indifférent aux frontières, de partout et de nulle part ». Conséquence : « On se méfie des juifs quand ils forment une minorité distincte et plus encore quand ils cherchent à se fondre dans la culture et la religion majoritaires », résume Andrew Anthony dans The Guardian.

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L’Histoire des juifs, tome 2. Appartenir. De 1492 à 1900 de Simon Schama, traduit de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Fayard, 2020

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