Sayonara, Gangsters (2)
par Genichiro Takahashi

Sayonara, Gangsters (2)

Entre science-fiction, traité philosophique, poésie et roman noir (entre autres), « Sayonara, Gangsters » est une œuvre d’une originalité sidérante. Books offre en avant-première les premiers chapitres de cet ouvrage qui a révolutionné la littérature nippone.

Publié dans le magazine Books, novembre 2012. Par Genichiro Takahashi
2. À un certain moment nous avons commencé à nous nommer différemment. Deux amants magnifiques ont été les premiers à lancer la nouvelle mode. Leurs noms ne nous sont malheureusement pas parvenus. L’homme n’avait aucun nom. Il ne voulait pas que ses parents le nomment et il ne voulait pas se nommer lui-même. Il était las aussi des tueries. Il pensait pouvoir se débrouiller sans nom. La femme pensait la même chose. Cela présentait toutefois un inconvénient. Alors qu’il baisait les seins de la femme, embrassait sa fine clavicule et sa nuque, l’homme essaya de murmurer le nom de sa bien-aimée dans son oreille. « Ma belle… », commença-t-il. Et alors, abasourdi, il marqua une pause. Ce n’était pas convaincant. L’homme interrompit momentanément leur rapport, remit son caleçon et s’assit sur le lit. Les mains posées sur ses seins, faussement timide, la femme frottait sa joue contre celle de l’homme qui regardait le plafond d’un air sombre. – Que se passe-t-il, mon chéri, demanda la femme. Tu ne m’aimes plus ? – Non, ce n’est pas ça, répondit l’homme. C’est seulement que murmurer « Oh, ma belle… », ça me donne la chair de poule. C’est tellement abstrait, j’ai peur de devenir impuissant. – Oh mon chéri, tu es si sensible ! La femme se mit à quatre pattes sur le lit et attendit que l’homme trouve une solution. – C’est gênant de n’avoir pas de nom, dit l’homme. – Oui. Mais ce n’était pas gênant jusqu’à maintenant, hein ? Cela n’avait pas été gênant du tout. Ils avaient baisé dans un débordement de joie comme si demain n’existait pas. Tendrement, ils contemplaient leurs corps. Jusque-là, occupés comme ils l’étaient à s’embrasser et à fermer les yeux et le reste, ils n’avaient pas eu le loisir de s’installer confortablement pour se regarder. Que nos corps sont subtils, pensait l’homme. – Mon Dieu, je t’ai fait des choses affreusement impudiques, n’est-ce pas ? Pour une raison ou une autre, il se sentait d’humeur à dire ces mots. – Oh oui. Bigre, en as-tu déjà fait de pareilles ? Plein et plein et plein. Tu m’as fait plein de choses impudiques !! répondit la femme avec fougue, couvrant sa joue de baisers. – Je crains de te devoir des excuses. – Hé, ne t’inquiète pas pour ça. Regardons les choses en face, tu es beau mec ! Selon Guillaume d’Ockham, toutes les âmes ont la même structure : elles sont sphériques avec une cavité intérieure au milieu. Quand l’archange Gabriel pose son doigt sur la surface et fait le signe de croix, la personne tremble et psalmodie : « Gloire au nom de Dieu ! » Le couple réalisait que les corps, d’un autre côté, sont beaucoup plus complexes et subtilement accordés. L’homme comprenait maintenant que les amants ont besoin de noms. Pas des noms choisis par leurs parents, pas des noms sélectionnés par eux seuls ; l’homme pensait qu’il devait certainement exister un mode de dénomination plus approprié pour…
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